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Évaluation et perspectives des menaces sécuritaires

La définition de ce que peut être une menace sécuritaire est subjective et évolutive. Elle dépend du point de vue à partir duquel on la détermine. On constate que...

Évaluation et perspectives des menaces sécuritaires

Published on: 30/11/2020

La définition de ce que peut être une menace sécuritaire est subjective et évolutive. Elle dépend du point de vue à partir duquel on la détermine. On constate que les différents pays n’abordent pas la sécurité de la même manière. Tandis que la France et les PaysBas, privilégient une approche en fonction de l’objectif de sécurité recherché, tel que la protection du territoire, la stabilité économique ou la sécurité sanitaire, les autres pays contributeurs s’intéressent à la sécurité en partant de la menace constatée. De ce fait, Néerlandais et Français estiment que la sécurité couvre un champ d’hypothèses plus large, prenant en compte les menaces non intentionnelles comme des grandes catastrophes naturelles ou des défaillances techniques. C’est une définition exhaustive qui n’exclut pas une priorisation des menaces, même si cet exercice n’est pas nécessairement codifié dans un texte. Mais la majeure partie des pays entend la sécurité au sens de sûreté, c’est à dire de lutte contre une intention ou un acte de malveillance. L’Allemagne et le Royaume-Uni, de leur côté, envisagent expressément la sécurité sous les aspects de la sécurité publique et individuelle. Ils rassemblent sous la première expression les principaux objectifs devant être atteints, ceux de prévention du risque terroriste et de la grande criminalité, la protection des infrastructures critiques et vitales ou encore, par exemple, la cybercriminalité. Concernant la sécurité individuelle, les auteurs relèvent l’importance des atteintes à la vie privée ou tous les droits liés au traitement de données à caractère personnel et à la surveillance de masse. Avant même de prioriser les menaces à leur sécurité, tous les États mettent en avant le fait qu’il existe une disparition progressive de la frontière entre sécurité extérieure et sécurité intérieure. Les menaces de sécurité extérieure deviennent des menaces de sécurité intérieure, et celles-ci prennent aujourd’hui le pas sur les menaces « classiques » que sont la délinquance et la criminalité. L’Espagne donne une cause structurelle à cette évolution. Pour ce pays, la mondialisation joue un rôle important dans l’évolution de l’environnement sécuritaire. Cela se traduit par une dématérialisation des frontières qui augmente « la surface d’attaque créant des imprévisibilités quant à la source, l’origine territoriale de la menace de sécurité ». Les acteurs non-étatiques peuvent opérer au-delà des frontières, effaçant la distinction traditionnelle entre sécurité intérieure et extérieure, contraignant ainsi les forces de l’ordre de différents pays à coopérer pour agir efficacement à l’échelle supranationale. Pour d’autres pays, les deux notions de sécurité intérieure et extérieure s’effacent même complètement. En Pologne, on constate que les principaux risques en matière de cyber sécurité portent ur des actions conduites, financées et encouragées par des acteurs résidants en dehors de son territoire, que ce soit des unités de cybercriminalité ou des groupes publics de hackers. La réponse à ces activités relèvent principalement de la compétence des agences de sécurité intérieure, notamment si les systèmes attaqués concernent des infrastructures critiques tels que les réseaux publics de communication, les réseaux d’approvionnement en électricité ou les systèmes de gestion des transports. Abordé directement au prisme d’une résurgence perçue de la menace russe. Pour un grand nombre de pays, à commencer par la France, le terrorisme international et transfrontalier est devenu la menace principale en 2015 S’il existe bien une priorisation des menaces, celle-ci est souvent implicite et ne résulte pas d’une politique de sécurité intérieure qui globaliserait l’action des États dans ce domaine. Ainsi, en 2015 l’Allemagne s’est concentrée sur les atteintes pouvant être portées aux libertés individuelles, notamment celles liées à la protection des données à caractère personnel et au respect de la vie privée, ceci du fait de l’extrême sensibilité de la société allemande sur ces questions. D’une manière générale, le cyberespace fait face à un phénomène de prolifération d’outils malveillants dont l’appréhension est particulièrement complexe. Il est communément admis que la menace de cyber sécurité est une priorité difficile à cerner, et s’apprécie différemment selon les États. L’Allemagne met en avant les atteintes possibles aux libertés individuelles liées au développement du cyber, mais les Allemands font aussi le lien entre terrorisme, menaces d’États tiers et cyber attaques. La Pologne lie beaucoup plus directement la menace cyber à la menace extérieure, compte-tenu du fait qu’une large majorité des cyberattaques ont une origine extérieure au territoire du pays attaqué. La Pologne s’inquiète d’un usage du cyberespace à des fins d’espionnage, d’opérations militaires ou d’actes de terrorisme, que ce soit par des acteurs étatiques ou non étatiques. Au Royaume-Uni, le cyber est également considéré comme la menace principale, et ce quelle que soit son origine. Du point de vue britannique, c’est la multiplicité des effets possibles, c’est-à-dire des cibles potentielles d’une cyber attaque, qui constitue la menace. Sont ainsi énumérées les attaques sur les infrastructures ou le système bancaire, le déni d’accès à internet, la possibilité d’attaquer des réseaux non connectés qui commencent à se développer, et les atteintes aux diverses libertés publiques et à la vie privée. Par ailleurs, les objectifs des attaques peuvent être divers dans leur nature. Il peut s’agir d’espionnage opéré par des acteurs étatiques. Il peut enfin s’agir de frapper la sphère politique ou l’économie d’un pays, par exemple en s’attaquant à une industrie aux activités essentielles à la survie de l’État. La cyber-menace en provenance d’acteurs non étatiques est encore plus difficile à appréhender. Elle est presque imprévisible car elle ne repose pas sur des tendances diplomatiques connues, contrairement à celles établies d’État à État. Pour l’Italie, l’ordre des menaces place le terrorisme au sommet des priorités, suivi de la question migratoire et de la menace cyber. La perception de la question migratoire par l’Italie est intéressante, car ce phénomène se traduit en menaces potentielles ou avérées qui sont au nombre de trois : le terrorisme, la question de l’ordre public lié au phénomène de congestion des centres dédiés aux migrants, ainsi que les opportunités offertes à la criminalité organisée à travers le trafic d’êtres humains. Le terrorisme figure également en tête de liste des menaces sécuritaires pour l’Espagne, avec le risque cyber et le crime organisé. Dans ce pays, il est moins fait référence au phénomène migratoire, mais cela vient du fait que, géographiquement, le pays est moins touché par les migrations en lien avec la crise syrienne que ceux d’Europe du Sud-Est et de l’Est. Cette priorisation ne résulte pas d’un document officiel mais des perceptions constatées en lien avec les discours publics. Les questions migratoires font l’objet d’une attention particulière, et sont pour le moment mises en avant plus particulièrement par l’Italie et le Portugal dans les différents rapports. L’Italie est, avec la Grèce, le pays de l’Union européenne (UE) le plus touché par les flux migratoires en provenance de pays tiers, et identifie la migration comme une menace pour sa sécurité. Il en va de même pour le Portugal, ce qui tend à démontrer que les pays du Sud sont plus concernés par ces problématiques que les pays du Nord de l’Europe. La migration ne constitue bien évidemment pas en soi une menace de sécurité, comme le souligne le rapport italien. En revanche, l’arrivée massive de migrants telle qu’on la vit aujourd’hui empêche une gestion efficiente des frontières européennes. Ainsi, le flux migratoire constitue un facilitateur pour la circulation de criminels qui profitent des dysfonctionnements de contrôles pour entrer sur le territoire européen malgré l’utilisation croissante de dispositifs de plus en plus performants, notamment les technologies biométriques dont les gardes-frontières font utilisation dans les centres d’hébergement grecs et italiens. En outre, le nombre important de réfugiés crée des instabilités politiques et sociales au sein des États dans lesquels la population est hostile à les accueillir, animant les tensions entre les communautés et desservant leur intégration, soit-elle temporaire. Le rapport portugais insiste notamment sur la nécessité d’établir un consensus politique sur les implications sociétales du phénomène au sein des États avant de mettre en place quelque politique que ce soit. Or, on constate que ce consensus, difficile à trouver au niveau national, l’est encore plus au niveau européen, le discours de la chancelière allemande sur le nécessaire accueil des réfugiés étant loin d’être partagé par tous, notamment en Europe de Nord ou dans certains pays d’Europe de l’Est. Les pays du Sud et de l’Est sont dans les faits les principaux touchés par l’ampleur des flux migratoires. La relocalisation et la réinstallation de migrants au sein d’autres États membres que ceux par lesquels ils sont entrés dans l’espace Schengen a pour but de répartir le fardeau de la gestion des frontières extérieures, laissées à la compétence des autorités nationales, dans toute l’Europe. Bien que cette mesure n’ait aujourd’hui que très partiellement été mise en œuvre, elle illustre parfaitement un phénomène d’européanisation de la menace et des risques, tant dépendant des facteurs énoncés précédemment – évolution technologique et mondialisation – que de l’intégration de la gestion des problématiques de sécurité dans l’Union européenne. Aux Pays-Bas, les priorités diffèrent. La lutte contre le terrorisme et l’extrémisme constitue une menace importante, mais moins urgente que la manipulation de l’administration publique, la rupture d’approvisionnement en minerais et le cyberespionnage. En France, le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2018 identifie comme priorités stratégiques les moyens devant être mis en œuvre pour assurer la protection des intérêts fondamentaux de la Nation, c’est à dire les agressions contre le territoire national, les attaques terroristes, les cyber-attaques, les atteintes au potentiel scientifique et technique, la criminalité organisée, les crises majeures d’origines naturelles ou humaines et les attaques contre les ressortissants à l’étranger. Ces menaces sont énumérées dans les documents stratégiques français, sans être véritablement priorisées. Mais, depuis les attentats de janvier puis de novembre 2015, le terrorisme est devenu la première des priorités alors que le phénomène migratoire se traduit par des tensions ponctuelles et réelles concentrées géographiquement sur certains points : Calais, Vintimille à la frontière franco-italienne et Paris dans une moindre mesure. Si la menace cyber est moins mise en avant, c’est avant tout parce que la France a réagi, notamment depuis la publication du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2013, avec la publication d’une Stratégie nationale pour la sécurité du numérique en octobre 2015, et alors que la Défense a créé un poste d’officier général de cyber défense. D’autres menaces existantes ou proches sont énumérées dans les rapports néerlandais, italien, anglais et espagnol et incluent la radicalisation, le conservatisme religieux, l’intégration des communautés musulmanes, les inégalités de richesses à l’échelle internationale et la corruption. En conclusion, si l’on constate une certaine harmonisation de la perception des menaces au niveau européen en mettant globalement en avant le triptyque terrorisme, migration, cyber sécurité, cela ne doit pas cacher des différences dans le traitement même de la réponse apportée.

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