Adanela Musaraj personal website

Monitoring and Evaluator Expert | EU Fund Management |

user

La finance islamique, nouveau levier du développement ?

La création en juin 1981 à Genève de l’importante institution financière islamique : « Dar al maal al Islami » (dmi) au capital d’un milliard de dollars confirme, si...

La finance islamique, nouveau levier du développement ?

Published on: 30/11/2020

La création en juin 1981 à Genève de l’importante institution financière islamique : « Dar al maal al Islami » (dmi) au capital d’un milliard de dollars confirme, si besoin en était, la vigueur de la finance islamique stimulée par les réajustements des prix du pétrole des années 70. La finance islamique amorce aujourd’hui une percée planétaire, dont les conséquences sont encore mal perçues. La création de la dmi intervient quelques mois après le troisième Sommet islamique réuni en janvier 198 1 à Taïf. La Résolution n° 1/3-E adoptée au terme du Sommet dresse un plan d’action dont l’objectif est le renforcement de la Coopération économique entre les pays islamiques. Le fonctionnement des institutions financières islamiques sur les bases de la loi coranique confère à ces institutions une personnalité propre qui les apparente plus à des banques d’affaires qu’à des banques commerciales traditionnelles. L’apparition de ces institutions a ravivé les controverses ayant trait à la compatibilité de l’Islam et du développement économique. D’ores et déjà, les résultats obtenus par les institutions financières islamiques sont des plus encourageants et tendent à infirmer la thèse d’une relation négative entre Islam et développement. Les institutions financières islamiques ont été à l’origine et restent encore aujourd’hui impulsées par les pays arabes exportateurs de pétrole du Golfe, c’est dire que toute étude sérieuse de la finance islamique passe par l’étude de la finance arabe « traditionnelle », et par celle du rôle et des objectifs de ces pays dont l’Arabie Saoudite.

I. — Naissance, évolution de la finance islamique

A) Naissance et évolution Les premières tentatives de création d’institutions financières islamiques remontent à 1962, année où fut créée une banque islamique à Mit Gham en Egypte : son succès fut grand puisqu’en 1967 elle comptait un million de clients. Malgré cela elle fut fermée à cette même date semble-t-il pour des raisons politiques. Le mouvement était cependant lancé et, avec le gonflement des avoirs de certains pays arabes exportateurs de pétrole consécutif aux événements de 1973, un certain nombre d’autres institutions apparurent dans les années 70. Ainsi la Banque islamique de Développement (bid) fût-elle créée en 1973 avec un capital autorisé de $ 2,277 millions dont $ 899,5 millions immédiatement souscrits. Des 40 pays islamiques participants, quatre gros actionnaires souscrivirent dès le départ pour plus de $ 600 millions, ce furent l’Arabie Saoudite, la Libye, le Koweit, et les Emirats arabes unis. Les opérations de la Banque démarrèrent en 1975. Après 1975, la création de banques islamiques dans les pays du Golfe s’accélère : ainsi naquirent intet-a/ia, la Dubai Islamic Bank, la Faisal Islamic Bank au Caire, la Faisal Islamic Bank à Khartoum, la Kuwait finance house, la Jordan Islamic Bank for finance and investment, la Bahrain Islamic Bank. Hors du monde arabe, se créaient parallèlement la Banque islamique d’Iran à Téhéran, la Muslim Commercial Bank à Karachi2 et l’Islamic Investment Compagny enregistrée à Nassau au capital d’un milliard de dollars. Fin 1 98 1 , il y avait 1 3 banques islamiques dans le seul monde arabe. C’est parallèlement enfin au Sommet islamique de Taïf que se créait une association d’investisseurs musulmans sous forme de holding, dénommée « Dar el maal al Islam ». Parrainée par les chefs d’Etat du Golfe, du Pakistan, de la Malaysie, de la Guinée et du Soudan, elle fut lancée en mars par le prince saoudien Mohamed al Faisal al Saud. Son siège a été fixé en juin 198 1 à Genève. Les parts du capital (les souscriptions doivent se situer entre $ 1 million et $ 5 millions) ont été déjà lancées dans le public. L’Islamic Investment Company sera la filiale opérationnelle de la dmi dans le domaine de l’investissement. Le dmi envisage de créer des banques islamiques dans tous les pays islamiques. La Banque asiatique islamique aura son siège à Kuala Lumpur3. Parallèlement seront créées une compagnie islamique du leasing, une compagnie commerciale islamique, une compagnie islamique de consultants, une compagnie minière et une compagnie maritime.

B) Caractéristiques de la finance islamique

Le Moyen-Orient fut, à divers moments de son histoire, un des centres commerciaux du monde, souvent il fut même le centre commercial majeur. L’événement de l’Islam provoqua un développement économique, social et culturel sans précédent de cette région, développement qui marqua ensuite le pas, tandis que la Révolution industrielle faisait son apparition en Europe occidentale. Cette situation devait amener certains à mettre en doute la compatibilité de l’Islam avec le développement économique. Dans cette optique l’Islam fut présentée comme anticapitaliste, antiprogressiste, parfois ce fut l’Etat islamique lui-même que l’on incrimina. Le biais traditionnel anti-islamique dans la culture populaire occidentale et la mythologie créée par l’Ecole orientaliste concernant la « nature de l’esprit musulman » confortèrent cette thèse4. La nature militaire de l’Etat islamique ou l’organisation de la « cité islamique » ont aussi été invoqués à l’appui de cette thèse comme ayant découragé l’apparition d’entrepreneurs et de marchands5. Cette approche naïve vit sa crédibilité battue en brèche avec la publication récente de travaux importants6 et avec surtout l’accroissement des revenus des pays du Moyen-Orient dans les années 60 et plus particulièrement après 1973.

La pénétration rapide de l’influence occidentale dans cette région durant cette période réduisait dans l’esprit des analystes l’incompatibilité invoquée entre l’Islam et le capitalisme contemporain. Les événements d’Iran en 1978, les secousses enregistrées au Pakistan et en Turquie, les événements de La Mecque et enfin l’assassinat du président Sadate sans parler des troubles en Syrie, ont de nouveau ramené à la surface le problème de la compatibilité entre l’Islam et le capitalisme moderne. Le débat est donc de nouveau ouvert et l’avènement de la Finance islamique lui confère une importance qui dépasse le simple cadre académique.

C) Le modèle économique islamique

Avant de préciser la doctrine islamique en matière d’intérêt et de banque, il n’est pas inutile d’analyser brièvement cette doctrine en matière de fonctionnement de l’économie. L’Islam contient un certain nombre de prescriptions à partir desquelles il est possible de définir un système économique implicite. Des questions aussi diverses que la fiscalité, les dépenses publiques, l’héritage, la propriété privée, le bien-être économique et social, l’intérêt, la propriété foncière, les ressources naturelles, le taux de salaire, etc., ont fait l’objet de commentaires soit dans le Coran, ou encore dans la Sunnah, Vljma* ou les Qiyas*. Ainsi dans le domaine de la fiscalité, l’impôt essentiel est la Zakat (impôt sur les fidèles) levée sur le bétail, l’or, l’argent, les produits du commerce et le produit de la terre. Alors qu’en théorie, la Zakat s’applique à tous les actifs productifs, en pratique, elle concerne le capital commercial et agraire. Bref la Zakat est un impôt général sur la richesse, mais est avant toute chose un acte volontaire de piété à l’égard du pauvre, la base d’un système d’assurance sociale pour les plus pauvres de la Société islamique. Dans son essence la Zakat est une obligation divine en vue du bien-être communautaire et non pas un impôt destiné à financer les dépenses de l’Etat. L’intérêt est clairement rejeté par l’Islam (Riba), certains ont défendu la thèse qu’en réalité, ce rejet ne concernait que l’intérêt ou les prêts conduisant à l’exploitation économique.

Cette attitude de l’Islam envers l’intérêt est dictée par les éléments suivants :

— tout d’abord l’intérêt et l’usure favorisent la concentration de la richesse et de ce fait réduisent l’intérêt de l’être humain pour ses semblables ;

— le profit ne peut être la seule sanction de l’activité économique; la garantie légale d’un intérêt, même faible, constitue un profit certain excluant toute perte possible;

— pour l’Islam enfin la richesse ne doit pas résulter d’un « enrichissement sans cause » mais être le fruit d’une activité personnelle et d’efforts. La recherche égoïste de l’intérêt maximum est fondamentalement rejetée;

— dans la même veine, l’orthodoxie condamne comme contraire à la loi islamique, toute méthode ou procédés aboutissant au résultat précédent. C’est le cas par exemple des commissions pour services fictifs qui sont légions dans le secteur bancaire. Dans ces conditions, la banque dans la société islamique doit se limiter à son rôle essentiel de débouché pour l’épargne et de source pour l’investissement. La prohibition de l’intérêt entraîne certaines conséquences quant au fonctionnement de la banque islamique : ainsi la banque ne prêtera pas ses fonds à ses clients mais s’associera systématiquement avec eux. De la sorte si l’entreprise au sens large prospère, les déposants auprès de la banque (qui ont pris les risques) se verront affecter une partie des profits. Mais là encore, ils ne sauraient être au préalable garantis. Cet accent mis sur la prise de participation plutôt que sur le versement d’intérêts affecte la nature même des techniques utilisées par la banque islamique. Dans la banque islamique, les départements techniques chargés de l’évaluation des projets jouent un rôle essentiel. Le raisonnement qui conduit l’Islam à rejeter l’intérêt (ou selon d’autres l’intérêt en tant qu’instrument d’exploitation économique), conduit aussi au rejet de la rente fournie par des terres vierges ou des ressources naturelles : là encore si ces terres ou si ces ressources ont été améliorées, à la suite d’investissements en travail ou en capital, une rente peut être levée en rapport avec les améliorations apportées.

On voit donc qu’il n’existe guère de différends entre les principes de l’Islam et les objectifs fondamentaux du capitalisme (profits résultant de l’activité commerciale, rendements financiers d’investissements à risque, propriété privée, etc.). L’Islam cependant n’accepte les pratiques capitalistes que dans la mesure où elles ne nuisent pas au bien-être social. Les préférences de l’Islam vont donc à un capitalisme relativement égalitaire; l’Etat étant habilité à prendre des mesures en ce sens. Pour l’Islam enfin, il existe des limites à l’appropriation des ressources naturelles par l’homme13 et à l’exercice au plan général du droit de propriété. Les prix des produits et les impôts doivent obéir aux principes ci-dessus

Cancel editing

Are you sure you want to cancel editing?

All changes will be lost