Les jeunes diplômés de la «génération Covid »
La pandémie bouleverse la vie des enfants et des jeunes. La désorganisation des sociétés et des économies a un impact sans précédent sur l’éducation, et elle vient aggraver la...
Published on: 08/07/2021
La pandémie bouleverse la vie des enfants et des jeunes. La désorganisation des sociétés et des économies a un impact sans précédent sur l’éducation, et elle vient aggraver la crise qui sévissait déjà dans ce secteur avant la pandémie.
Parmi ceux en âge de fréquenter l’école primaire et secondaire, 258 millions d’enfants n’étaient pas scolarisés et le taux de pauvreté des apprentissages (a) dans les pays à revenu faible et intermédiaire était de 53 % (a). Cela signifie que plus de la moitié des enfants de 10 ans ne savaient pas lire ni comprendre un texte simple. Et en Afrique subsaharienne, ce chiffre était plus proche de 90 %.
La pandémie a exacerbé la crise des apprentissages et ses conséquences sur le capital humain de toute une génération d’élèves risquent de perdurer. En avril 2020, 94 % des élèves de la planète — soit 1,6 milliard d’enfants — n’allaient plus en classe à la suite de la fermeture des écoles. Ils sont encore aujourd’hui environ 700 millions à étudier à la maison, dans un contexte marqué par une grande incertitude et la difficulté, pour les familles et les établissements, de naviguer entre les écueils de la continuité des cours sous une forme hybride ou à distance, quand ils ne sont pas tout bonnement interrompus. Et la plupart des pays ne voient toujours pas la lumière au bout du tunnel. Les premières données disponibles pour plusieurs pays à revenu élevé font déjà état de ces pertes d’apprentissage (a) et d’une montée des inégalités (a).
Les jeunes enfants sont particulièrement victimes de cette situation, car la pandémie aggrave les disparités existantes en matière de nutrition, de santé et de stimulation, et les services d’aide à la petite enfance sont trop souvent négligés dans la réponse à la crise sanitaire. La majorité des établissements préscolaires sont fermés. De par sa nature inédite, la pandémie place les parents en première ligne pour veiller non seulement à la santé et au bien-être de leurs enfants, mais aussi à la poursuite de leurs apprentissages scolaires. Cette situation représente un lourd fardeau pour toutes les familles, et a fortiori pour les plus vulnérables.
Au pire moment de la crise, 220 millions d’étudiants dans le monde étaient affectés par la fermeture des universités. Or l’enseignement supérieur est essentiel à la croissance d’un pays. Il est trop tôt pour connaître toutes les conséquences de cette situation sur les baisses des taux d’inscription, mais on s’attend à une forte diminution du nombre d’étudiants actuels et futurs.
Des perturbations sans précédent ont également été constatées dans l’enseignement et la formation techniques et professionnels (EFTP). Selon une enquête OIT-UNESCO-Banque mondiale (a), 90 % des personnes interrogées ont signalé la fermeture totale des établissements d’EFTP dans leur pays. En effet, les règles de distanciation sociale rendent particulièrement difficile la poursuite des formations pratiques ainsi que l’évaluation et la certification des compétences professionnelles des étudiants.
Par conséquent, cette génération d’étudiants, et en particulier les plus défavorisés, risque de ne jamais atteindre son plein potentiel en termes d’études et de revenus. C’est inacceptable. Il est donc urgent de prendre des mesures concrètes pour remédier à ces pertes d’apprentissage, une condition essentielle pour aller de l’avant afin que les écarts ne se creusent pas.
Moins d’entretiens de recrutement décrochés, un recul des embauches, un salaire d’entrée plus faible qu’anticipé et, finalement, un grand sentiment de frustration. Sur 750 jeunes ayant décroché leur diplôme en 2020, 55 % avaient trouvé un emploi à la fin de l’année. Un ratio qui, sans être catastrophique, est nettement inférieur à celui d’avant la crise. Le taux d’insertion se situait alors à 74 %, six mois après l’obtention du diplôme. Surtout, ces jeunes ont dû faire des « compromis à tous les niveaux.
Ces concessions portent d’abord sur le type de contrat : seulement la moitié des diplômés ayant trouvé un emploi ont été embauchés en CDI, contre 69 % en temps normal. Ensuite, sur la rémunération : une part « significative » d’entre eux ont dû accepter un salaire inférieur à leurs attentes. Enfin, bien des jeunes ont dû réviser leurs aspirations en termes de fonction, de secteur d’activité ou de localisation. C’est particulièrement le cas de ceux qui visaient un début de carrière à l’étranger : plus des deux tiers de ces derniers ont renoncé. Le risque est de voir émerger une « génération coronavirus » sur le marché du travail : autrement dit, des jeunes actifs durablement marqués par cette crise et les efforts consentis pour décrocher leur premier emploi.
